MARTINET (A.)


MARTINET (A.)
MARTINET (A.)

MARTINET ANDRÉ (1908- )

Né en 1908 à Saint-Albans-des-Villards en Savoie, André Martinet, après avoir obtenu l’agrégation d’anglais, commença sa carrière dans l’enseignement secondaire. Mais ayant très tôt étendu sa compétence aux langues scandinaves, et intéressé par la réflexion théorique en linguistique générale, il publie dès 1937 ses deux thèses, La Gémination consonantique d’origine expressive dans les langues germaniques (Munksgård, Copenhague) et La Phonologie du mot en danois (Bulletin de la Société de linguistique de Paris , 1938), qui le font connaître comme un adepte des nouvelles théories structuralistes du cercle de Prague. Il devient ainsi l’introducteur de la phonologie en France, à travers l’enseignement qui lui est confié à l’École des hautes études. Surviennent la guerre et la captivité, dont il rapporte en 1945 sa Prononciation du français contemporain (Droz, Paris), œuvre qui fera date dans son genre. Durant cette décennie, il va tout ensemble marquer de son enseignement structuraliste une série de linguistes américains, ses élèves de Columbia, et retenir, tout en restant assez critique, certaines des vues de l’école de Bloomfield. Coïncidant avec son retour en France, son Économie des changements phonétiques (Francke, Berne, 1955) le consacre comme un des héritiers des idées praguoises et comme un des premiers à systématiser l’apport de la phonologie néo-praguoise à l’explication des faits de diachronie, conçue dans un cadre qui souligne les pressions des paradigmes de phonèmes. L’année suivante, il publie une monographie qui deviendra vite un classique et inspirera de nombreux travaux de terrain: La Description phonologique, avec application au parler franco-provençal d’Hauteville (Savoie) [Droz, Genève, 1956].

Cependant, la demande générale, ainsi que le souci de constituer un corps de doctrine dans un contexte où la vogue de la linguistique, dont il est lui-même en France l’initiateur, ne cesse de croître, conduisent André Martinet à intégrer la phonologie, qui seule avait correspondu d’abord à sa vocation, comme une pièce d’un ensemble plus vaste, à travers lequel il élabore sa théorie du langage. C’est à cet objet que répond son principal ouvrage, Éléments de linguistique générale (Colin, Paris, 1960). Ce livre, qui consacre la conception de la langue comme un instrument de communication doublement articulé, est, en moins de dix ans, traduit en douze langues, et connaît en français deux rééditions, à travers lesquelles la théorie s’affine encore, en particulier sur le problème des frontières entre morphologie et syntaxe. Les préfaces et postfaces successives contribuent, en opposition à la vogue croissante des théories génératives et transformationnelles, à fixer les contours de la linguistique dite fonctionnelle et désignent l’école de Paris dont Martinet est le fondateur.

D’autres ouvrages jalonnent cette période, qui tous se rattachent au fonctionnalisme: A Functional View of Language (Clarendon, Oxford, 1962), La Linguistique synchronique (P.U.F., Paris, 1965), l’un et l’autre traduits en plusieurs langues; Studies in Functional Syntax (Fink, Munich, 1974); André Martinet dirige aussi des travaux collectifs inspirés de ses théories: Le Langage (Encycl. de la Pléiade, N.R.F., Paris, 1968) et La Linguistique, guide alphabétique (Denoël, Paris, 1969), pour ne rien dire des quelque trois cents articles qui jalonnent son parcours théorique. Ses plus récents travaux concernent d’une part la phonologie française, d’autre part l’axiologie, étude du signifié tardivement intégrée à l’édifice.

André Martinet peut être compté au nombre des principaux linguistes vivants. Son œuvre, même en ce dernier quart du XXe siècle où s’ouvrent à l’étude du langage des perspectives nouvelles par rapport à celles du structuralisme classique dont il est un des représentants, aura marqué son époque durablement.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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